Rallye de l’Ain : une 80ème édition historique (2ème partie)

Rallye de l’Ain : une 80ème édition historique (2ème partie)

Roger Varrot sur 750 Gnome Rhone

Nous vous proposons cette semaine de continuer notre « coup d’œil dans le rétro » : cet historique du rallye de l’Ain sera aussi l’occasion de faire le point sur l’évolution de la discipline des rallyes routiers au fil du temps.

1914, deux mois avant le conflit mondial :

Après le succès du premier circuit de l’Ain en 1913 (relaté ici), la deuxième édition organisée par le Moto-Vélo club de l’Ain a lieu le 14 juin 1914. 12 motos se présentent au départ à 5 h 07 pour la même boucle que l’année précédente, soit 76 km à parcourir deux fois. Le parcours pour les sidecars, légèrement modifié, ne compte que 96 kilomètres. Les marques de motos engagées nous plongent à nouveau dans la nostalgie des petits constructeurs d’antan : Benoît-Gonin, Griffon, Derouzière, Condor, Clément… mais c’est, comme l’année précédente, une Motosacoche qui l’emporte. Brandt a mis 2h 43’ et 48’’ pour boucler le parcours, soit une moyenne de 55km/h. A la suite des motos, des cyclistes s’élancent sur le même difficile parcours pour un contre la montre de 76 km.

Une évolution constante entrecoupée d’interruptions

Reconnaissance Rallye de l’Ain 1936

La petite histoire du rallye est ensuite rattrapée par la grande Histoire : de 1915 à 1920, pas de circuit de l’Ain pour cause de conflit mondial.

Le rallye renaît donc en 1921. Dès 1924, la distance parcourue passe à 400 km, soit 4 tours de 100 km.

Grande nouveauté en 1925, les côtes de Berthiand et de Serrières-sur-Ain deviennent des épreuves spéciales, même si on ne les appelle pas encore ainsi.

En 1927, la neuvième édition est organisée par l’Union Motocycliste de l’Ain qui, forte de ses 100 membres,  vient de se détacher du Moto Vélo Club de l’Ain.

Pour la première fois en 1929, le Circuit de l’Ain compte pour la Coupe de France de Tourisme (l’ancêtre du Championnat de France des Rallyes) avec le Tour de France et Paris-les Pyrénées-Paris.

Baillet Side 500 Matchless

 

Autre fait marquant en 1938 : Mlle Rivals, qui pilote une 500 cc, est la première concurrente à se présenter au départ.

La seconde guerre mondiale provoque une autre longue interruption : de 1940 à 1950, aucun rallye de l’Ain n’est organisé.

Le classement scratch apparaît (au moins dans la presse) en 1972 avec la victoire d’un certain… Jean-Jacques Guillemoz sur une 125 cc Gauthier.

Le parcours le plus long semble avoir été proposé en 1983 avec… 720 kilomètres. Départ à 20h00 le samedi et arrivée le lendemain à 12 h !

Quelques autres éditions mémorables :

La météo n’a pas toujours été favorable : après plusieurs éditions disputées dans des conditions hivernales – par exemple 1975 – le rallye 1985, qui avait lieu le 17 mars, sera marqué par d’importantes chutes de neige notamment entre Hauteville et Maillat (Col de la Rochette à 1 112 m d’altitude). Le premier concurrent (Jean-Yves Rivollet du M.C Vercors sur Honda XL 125) arrive à l’issue de la première boucle avec deux heures de retard sur l’horaire. Il aura mis plus de sept heures pour parcourir 256 km ! La seconde boucle de 256 km sera annulée. Bilan : 35 partants et seulement 13 classés. (Si le règlement avait été appliqué à la lettre, personne n’aurait été classé !)

Francis Bourg

En 1993, fait rarissime en rallye, un side-car s’impose au scratch : le Choda 1100 GSXR de Jean Michel Meuret  et Eric Simonin.

En 2000, encore un grand millésime. La nuit, le rallye sera plongé dans le brouillard. On aménage les temps dans les secteurs concernés, afin de minimiser les risques… Grincements de dents de certains, mais ici dans l’Ain, on ne capitule pas, on va jusqu’au bout : 22 pilotes à l’arrivée et un grand vainqueur pour sa dernière victoire, après son titre 1999, et son grave accident 3 semaines plus tard au Beaujolais : Hervé Joseph qui pointe à « zéro » partout sur sa BMW 1100 GS.

Gerardin 1979

En 2006, la 70ème édition sera particulièrement arrosée. Une pluie battante va accompagner les concurrents du départ à l’arrivée et c’est Alain Amblard, au guidon de sa KTM 660 SMC, qui s’imposera.

Julien Toniutti et son complice Nicolas Pautet, respectivement premier et second du rallye 2013, provoquent l’hilarité générale en montant sur le podium scratch affublés de palmes, d’un tuba et d’un masque de plongée, clin d’œil à la météo encore particulièrement humide cette année-là, mais qui a souri à leurs monocyclindres.

En 2015, alors qu’une chaleur lourde régnait depuis le départ, un terrible orage s’abat sur les concurrents qui sont partis pour la dernière boucle de nuit. Les routes sont jonchées de branches cassées par les violentes rafales de vent, la visibilité est quasi nulle sous les trombes d’eau. L’épreuve encore une fois remportée par Julien Toniutti (Yamaha MT09) devra être raccourcie pour mettre pilotes et bénévoles en sécurité.

Un patriarche toujours vert

Grande nouveauté en 2014 où l’Ain propose un schéma d’épreuve inédit avec un programme résolument sportif comptant pas moins de 14 spéciales. L’année suivante, des boucles de parcours routiers différents seront proposées afin d’équilibrer un peu les chances entre les amateurs de vitesse et de navigation.

Ces innovations plaisent de toute évidence aux pilotes et pour son quatre-vingtième printemps, le doyen des rallyes affiche une santé insolente : 16O concurrents auront le privilège de prendre le départ le 16 juin 2018 de la plus ancienne épreuve motocycliste encore inscrite au calendrier.

Longue vie donc au Rallye de l’Ain !

 

Texte : Pierre et Thérèse Derrien avec l’aide précieuse pour les informations, photos et documents d’Hervé Morard et de Jean-Jacques Guillemoz.

 

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